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Ecriture Libyque

L’alphabet Libyque design un ensemble d’alphabet utilisé durant l’antiquité pour écrire la Langue Libyque, et est l’ancêtre du Tifinagh des Touaregs. Il possède lui-même trois grandes variantes, et se caractérise par l’absence de voyelle, le fait qu’il s’écrit du bas vers le haut et la forme géométrique de ses caractères. Il a été utilisé principalement dans des inscriptions funéraires, et parait être proche des alphabets punique et protosinaïtique.

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Le terme « Ecriture Libyque » désigne un ensemble d’alphabets utilisés en Afrique du Nord durant l’antiquité pour écrire l’ancienne forme du Berbère, dite Langue Libyque ; et qui à subsister chez les Touaregs sous le nom de Tifinagh.


Variantes

Il existe 3 formes de Libyque :

Le Libyque Occidental, utilisé dans la partie Nord de l’Algérie jusqu’au Maroc, à l’Est et au Sud de la Tunisie et dans les Iles Canaries. C’est la forme la plus primitive du Libyque et reste encore aujourd’hui en partie indéchiffrée. Il possède lui-même plusieurs variantes dans la plus connu est le Libyque à Chevron.

Cette forme s’étendait plus au sud avec de légères variations.

La forme évoluée du Libyque Occidental est appelée Libyque Saharien. C’est la variante la plus récente du Libyque qui est également la mieux connu et la plus facile à déchiffrer. Le Tifinagh utilisé aujourd’hui par les Touaregs n’est qu’une évolution du Libyque Saharien. Cette variante libyque a été utilisée aussi bien au Sahara qu’au Nord, les inscririons en Libyques Saharien abondent en Kabylie et au Maroc. C’est pourquoi certains ne le considèrent pas comme une variante à part du Libyque mais comme une extension de la variante Occidentale.

La troisième variante est appelée Libyque Oriental, ou Alphabet Numide. Ce fut une forme officielle du Libyque utilisée en Numidie sous le règne de l’Agellid Micipsa. Cet alphabet est calqué sur le Punique tout en reprenant les caractères du Libyque Occidental. Elle a été déchiffrée grâce aux inscriptions bilingues et a été moins étendue dans le temps que son voisin occidental. Les inscriptions orientales abondent surtout en Tunisie, dans le Constantinois et les Aurès, mais on en retrouve également en Kabylie, dans le Hodna et en Tripolitaine.


Caractéristiques :

L’Ecriture Libyque se distingue par :

  • L’absence de voyelle.
  • Elle s’écrit du bas vers le haut (sauf inscriptions orientales officielles calqué sur le Punique).
  • L’absence de cursive. Les lettres sont de forme géométrique.
  • L’écrasante majorité des inscriptions sont de courts textes funéraires.

Les caractères :

Certains textes sont facilement déchiffrables. Je prends l’exemple de cette stèle où on peut facilement lire :

ZZRH WDBR NKLM (Zira Udber n Kalama).

Ce qui signifie : Zira fils d’Adber de Calama.

 Calama étant le nom antique de l’actuelle Guelma.

Ici le H sert de voyelle. C’est également le cas sur cette autre stèle où on peut lire le nom de la ville de Nedroma.

Le sont H هـ, qu’on écrit H en caractère latin, semble être inexistant en langue Libyque. C’est encore aujourd’hui un son marginal en Berbère qu’on ne retrouve que dans quelques rares mots : neddeh (appeler), aher (lion), tehri (largeur).

Comme on ne sait pas trop comment les anciens prononçaient les lettres, certains caractères restent en confusion. C’est le cas des trois Z libyques (   ) dont on ne sait pas trop lequel est emphatique.

L’emphase est ce qui nous permet de distinguer deux prononciations différentes d’un même son. Dans le cas du Z, on aura par exemple :

  • Yezza (grillé) et Yeẓẓa (il a planté)
  • Azekka (demain) et Aẓekka (sépulture)

Or aẓekka (sépulture) vient de la racine EṢK, qui signifie édifier. EṢK contient la lettre Ṣ ص, qui est d’origine sémite. Elle n’existe pas à l’origine en langue Berbère, et encore aujourd’hui on ne la retrouve que dans quelques mots d’origine arabe :

  • Laṣel الأصل (origine)
  • Ṣṣber صبر (patience)

Il parait évident, selon moi, que EṢK qu’on retrouve dans les inscriptions officiel du Libyque Oriental, se prononçait EẒK. Ce qui porterait au nombre de cinq les Z en libyque oriental.

Certaines lettres paraissent être d’origine punique, tel que le H et le G.


Origine et datation:

L’origine de certains symboles est encore débattue. On retrouve déjà la plupart des symboles au Néolithique et a l’Âge du bronze, sur des poteries, des gravures rupestres et des tatouages. C’était des symboles magiques.

D’autres symboles ressemblent beaucoup à l’Alphabet Protosinaïtique du Moyen-Orient. Ce qui pousse nombre de chercheurs à leur donner une origine orientale. On fait descendre le Libyque du Protosinaïtique, qui remonte à 1400 avant Jésus-Christ. Sans doute à juste titre. Le Protosinaïtique est le plus ancien alphabet connu. Il n’est pas anodin de lui attribuer l’origine du Libyque. Mais il faut voir aussi dans de nombreux caractères une origine locale. Un syncrétisme entre un alphabet oriental et des symboles locaux qui donna l’Alphabet Libyque.

Reste à savoir quand et comment le Protosinaïtique arriva en Afrique. Par migration de population ? Par voix commerciale ? Apporté par les Phéniciens ? Nous n’aurons peut-être jamais la réponse.

Nous pouvons malgré tout dater le Libyque dans une fourchette qui va de l’effondrement de l’Âge du bronze à l’installation des premiers comptoirs phéniciens en Afrique. Sois entre le 11eme et le 9eme siècle avant Jésus-Christ.

Répartition


L’objectif est de cartographier l’ensemble des stèles libyques de toute l’Afrique du Nord. Cela permettra d’avoir un outil de comparaison entre les différentes familles d’écritures, et de mieux comprendre leur répartition à travers tout le territoire nord-africain et au-delà.

Avec la participation de :
Mohamed Otsman, Salim Djoudi, @amezruy_

Bibliographie

Aït Ali Yahia, Samia. Les stèles à inscriptions libyque de la Berbérie Centrale (Algérie) : Ecriture ancienne des Amazighes. Alger : Edition El Amel, 2021.

Aït Kaci. Recherches sur l’ancêtre des alphabets libycoberbères. In : Libyan Studies, n. 38, 2007.

Camps, Gabriel. Écriture libyque. In : Encyclopédie berbère, 1996.

Chabot, J.B. Recueil des inscriptions libyques. Paris : Imprimerie Nationale, 1941.

Chaker, Salem. Libyque : écriture et langue. In : Encyclopédie berbère, n. 28-29, janvier 2008.

Chaker, Salem. Variétés des usages libyques : variations chronologiques, géographiques et sociales. In : Antiquités africaines, vol. 38, n. 1. 2002.

Ghaki, Mansour. Le Libyque. In : Revue Tunisienne d’Archéologie. N. 01. 2013.

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