Amrabed

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Ibn Hamadouche El Jazaïri

Illustrations faite par Amezruy ⴰⵎⴻⵣⵔⵓⵢ التاريخ

Abderrezak Ibn Hamadouche El Jazaïri, de son vrai nom Abderrezak Ibn Mohammed Ibn Mohammed Ibn Hamadouche El Jazaïri, est sans conteste, le plus grand médecin algérien de l’époque ottomane, pour lequel plusieurs travaux ont été consacrés.

Ibn Hamadouche est né à Alger en 1695. Il a vécu longtemps, dépassant les quatre vingt dix ans. Il est mort en Egypte entre 1782 et 1785. Il a grandi à Alger où il a fait ses études, jusqu’à atteindre un haut niveau dans les sciences de son époque, ce qui lui permettait de discuter différents livres et divers principes avec les savants de son époque, algérois ou étrangers. Il était issu d’une famille moyenne, son père et son oncle maternel étaient tanneurs. Il s’est marié à l’âge de 18 ans en 1712, deux ou trois ans après la mort de son père, de sa cousine maternelle Fatima, et a été logé par son beau-père. Il n’existe pas d’informations sur d’éventuels enfants de ce premier mariage, ni sur le devenir de cette première union. Toujours est-il qu’Ibn Hamadouche s’est remarié une seconde fois, à l’âge de 46 ans, à Zahra, fille d’un artisan en cuire. Il a eu deux jumeaux, El Hassen et El Hossein. Ce dernier est décédé à l’âge de deux ans. Dans un passage de son livre « la Rihla » (Voyage), l’auteur parle de la circoncision d’El Hassen à l’âge de six ans par un barbier.

Abderrezak Ibn Hamadouche vivait du commerce, il avait un magasin à proximité de la Grande Mosquée d’Alger, lequel lui servait également de lieu d’études, de réécriture de livre, et de salon scientifique. Sa pauvreté et son amour pour les livres ont été à l’origine de la faillite de sa vie familiale : fuite de sa deuxième femme qui a demandé le divorce et séparation avec sa mère et son frère qui vivaient avec lui.

Ibn Hamadouche était un grand savant qui avait de solides connaissances dans les sciences de son époque. Il a été comparé par Saadellah à Galilée et à Newton, pour l’esprit de révolte contre les critères de son temps et les conceptions scientifiques de l’époque. Il a acquis la plupart des sciences par les études et par la reconnaissance écrite de ses professeurs. Ces derniers ont été nombreux tant dans la Régence d’Alger que dans de nombreux pays qu’il a visités.

Il a effectué son premier pèlerinage à partir de 1717, par voie terrestre, ce qui lui a permis de rencontre différents hommes de sciences à Tunis, à Tripoli, en Egypte et au Hedjez. En 1732, il est au Maroc ; qu’il a revisité également en 1743, et où il est resté plus d’un an. Il a étudié à Tétouan, à Meknès et à Fès ; il a aussi enseigné et a consulté un nombre important de livres. Il est reparti une deuxième fois en Egypte en 1747. De ce dernier voyage, on ne sait pas si Abderrezak est retourné à Alger ou s’il était resté jusqu’à sa mort.

Ibn Hamadouche a rapporté qu’il a étudié l’œuvre d’El Kassali sur le calcul, l’explication de Mohamed Snoussi sur l’astrolabe, le Canon, Ennajeh et les Talassim d’Ibn Sina, les articles d’Euclide, l’explication d’Ibn Rouchd du Poème d’Ibn Sina, l’histoire des pays d’El Malti sur les biographies des savants et des médecins, l’étude d’Abderrahmane el Fassi sur les bombes, et des livres sur la logique.

Il a laissé dix-huit ouvrages.

En médecine, Ibn Hamadouche a bâti ses connaissances sur l’observation et l’expérience. Il sortait sur les hauteurs d’Alger pour reconnaître et recueillir les plantes. Il avait fréquenté Mohammed Kounjoul qu’il avait surnommé « l’herboriste de notre pays ».

Abderrezak Ibn Hamadouche s’est qualifié en 1732 d’être devenu médecin, pharmacien et herboriste. Il avait affirmé qu’il avait une parfaite connaissance de toutes les plantes qu’il a mentionné dans son livre « Kachf er-rumuz ».

Il avait également étudié un grand nombre de livres en médecine aussi bien arabes qu’étrangers. Il a notamment étudié et résumé les œuvres d’Ibn Sina, d’Ibn El Beïtar et d’El Antaki. Il avait beaucoup de considération pour le livre sur les pays d’El Malti, à partir duquel il a repris la bibliographie d’un certain nombre de médecins comme er-Razi, El Farabi, El Beyruni, Ibn Sahl, le médecin chef de l’hôpital Jund Sabur, Euclide

Il a composé un grand livre en médecine qu’il a intitulé « El jawher el maqrun min bahr el kanun (les permes cachées de l’océan du Canon) ». Ce livre, comme l’a expliqué l’auteur dans sa Rihla, est composé de quatre tomes. Le premier est consacré aux empoisonnements, aux porteurs de poisons et aux traitements ces poisons. Le deuxième tome a abordé les Tiryek et leurs synonymes, ainsi que quelques pates nécessaires. Le troisième tome est consacré aux maladies, il est agencé selon l’ordre établi par Hynayn Ibn Ishak. Le dernier tome est réservé à la terminologie et à l’explication arabe des mots. Il est considéré comme un dictionnaire des plantes et des drogues, ordonné suivant l’ordre alphabétique. Dans l’introduction, l’auteur a expliqué les propriétés générales des classes des médicaments, comme il a cité les maladies et les traitements correspondants. Ce quatrième tome pourrait en fait correspondre à « Kachf er-rumuz fi charh el âqaqir wa el aâchab (Révélation des énigmes et expositions des drogues et des plantes) », seule partie dont nous disposons aujourd’hui. L’engouement crée par cette partie du livre a fait qu’elle a été la seule partie à être reproduite, alors que les autres parties ont été perdues.

Ibn Hamadouche a laissé également une lettre en médecine : Taâdil el mizaj bi sabab qawanin el âilaj (Rectification du tempérament d’après les règles du traitement). C’est un écrit d’une vingtaine de feuille, lequel a été retrouvé par Leclerc L. qui l’a traduit. « C’est un traité des fonctions génitales et des moyens de les conserver intactes. Elles s’affaiblissent de deux manières, dit l’auteur, par des accidents morbides et par une altération de tempérament. C’est deux ordres de faits sont l’objet de deux chapitres. Un épilogue traite de l’hygiène des organes génitaux ».

Un autre ouvrage sur la peste lui est attribué.

Dans son Rihla (Voyage), Ibn Hamadouche a rapporté quelques données intéressantes. Il a été le disciple du médecin Adrag Abdelouahab, médecin du Sultan Ismaël et de ses descendants, du Maroc. Il a décrit comment il a eu la fièvre (palustre) et comment il l’a traitée en achetant et en absorbant trois 1/8e de quinquina. Du fait du goût amer de cette dernière, il les a accompagnées de deux doses de café. Il a expliqué comment il a composé une pate selon une formule à lui et comment il a préparé un breuvage El Mestaqi qui contient tous les bienfaits du vin. Il a également fait mention de la quarantaine qui se pratiquait à Alger au moment des épidémies. Enfin, il a relaté comment il a préparé et écrit son livre « El jawher el Meqnun » sur la médecine.


Bibliographie

  • Colin, G. Abderrezal El Jezaïri, un médecin arabe du XIIe siècle de l’hégire. Thèse de doctorat. Montpelier, 1905.
  • Khiati, Mostefa. Histoire de la médecine en Algérie : De l’Antiquité à nos jours. Alger : ANEP, 2012.
  • Leclerc L. Histoire de la médecine arabe.
  • Saadellah, Abu El-Qasim. Le médecin voyageur : Ibn Hamadouche El Jazaïri. Alger : OPU, 1982.
  • Saadellah, Abu El-Qasim. Voyageur d’Ibn Hamadouche El Jazaïri. Alger : SNED, 1983.

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