Amrabed

Les Marabouts de Kabylie (Imrabḍen ⵉⵎⵔⴰⴱⴹⴻⵏ)

Origine de l’appellation « marabout »

Le mot « marabout » vient du Ribat.

Jadis, dans le monde musulman, le ribat était un petit fortin militaire, qu’on trouvait sur les côtes. Il servait à guetter de potentielles dangers venants de la mer.

On peut dire que le Ribat était un poste de gué propre au frontières maritimes.

Au 11eme siècle, se trouvait dans un ribat entre la Mauritanie et le Sénégal, un chef religieux du non de Abdullah Ibn Yacine. De ce Ribat sorti un groupe, qui pris le nom d’Almoravides, les Mûrabitin.

C’est Mûrabitin créèrent la dynastie Almoravide.

Ils se sont fait appelés Mûrabitin, Almoravides, car ils sortirent d’un Ribat. Mûrabit signifie donc « celui du Ribat ».

J’ai fait une vidéo en français sur les Almoravides.

En 860, les vikings pénétrèrent en Méditerranée. C’est à cette période que la côte maghrébine se remplie de Ribats, pour se protéger des attaques vikings.

L’expédition viking se termina en 971. Depuis, la Méditerranée est devenue sur, et il n’y avait plus de danger à guetter du côté de la mer.

Les Ribats établis sur la cote sont devenus inutiles, et ont été abandonnés. Ces établissements à l’origine militaires seront investis par des adeptes soufis qui en firent des lieux de retraite spirituelle.

Le derviche est le nom qu’on donne à l’ascète qui abandonne tout pour se dévouer à Dieu, celui qui est adepte de la pensée soufie.

Tous comme pour les Almoravides, les gens donnèrent à ses ascètes des ribats le nom de Mûrabitin (imrabḍen, marabouts), ceux du Ribat.

Là où la population était berbérophone, comme à Dellys et Cherchell, on utilisa l’appellation « imrabḍen », et là où elle était arabophone, comme à Tlemcen, on utilisa celle de Mrabtin ou de Mrabta.

Le mot marabouts désignait au début les ascètes qui se retirèrent dans leur Ribat. Plus tard, vers la fin de la période Almohade, c’est devenu le terme générique par lequel on nomme tous ceux qui étaient jadis appelés : Saints patrons, Fakirs, Bahlûls, vertueux.


Maraboutisme

Le plus ancien témoignage évoquant les marabouts est celui d’Ibn Khaldûn. Il parle d’un ascète soufi qui vivait dans un Ribat à Tlemcen.

Ibn Qunfud parle d’un Ribat à Bejaia habité par de nombreux soufis, a fin du 14eme siècle

La plus ancienne source qui utilise le terme « marabout » est un manuscrit qui parle des « marabouts de nos compagnes ». Ce manuscrit porte le nom de Nawazil Mazûna, il a été rédigé vers la fin du 15eme siècle. Il parle des marabouts de la région de Dellys.

Marabouts des compagnes, car c’est bien là la principale différence entre les Marabouts et les Oulémas, les docteurs de la loi.

L’Ouléma, docteur en religion, est citadin, il siège dans les mosquées, en ville. Le docteur est instruit en religion et en jurisprudence.

Le marabout par contre est un villageois. Il habite en compagne et est en contact avec la population. Nombre de marabouts sont illettrés.

L’Ouléma arbitre les conflits selon la loi divine, le marabout par contre arbitrera selon ce qui lui parait raisonnable et selon le droit coutumier.

Pour comprendre l’origine du maraboutisme, il faut se pencher sur la situation sociopolitique de l’époque qui l’a vu naitre.

A la fin du 14eme siècle, les princes maghrébins, occupés par les guerres intestines qui opposes Hafsides de Tunis, de Bougie et Zianides, délaissent l’arrière-pays.

Les populations des compagnes s’organisèrent. Ils substituèrent la monarchie par les assemblées de village, la législation par le droit coutumier, et le clergé officiel par les marabouts.

Le marabout peut alors être un membre du village, un ascète qui était adepte d’un guide spirituel. A son retour au village, on fit de lui un marabout.

Il peut également s’agir d’un étranger au village, un ascète ou une personne instruite en sciences coraniques, que les villageois ont choisi comme marabout du village, et à qui ils lèguent un bout de terrain.

Quelques marabouts étaient vraiment instruits en religion, d’autres étaient des ascètes, mais beaucoup n’étaient que des charlatans.

Les villageois leur offrent la zakat en échange de leur bénédiction. Le marabout est devenu un arbitre, il offre l’hospitalité aux pauvres. Celui qui n’a pas de pitance sera nourri par le marabout, celui qui se sent vulnérable se réfugie sous la protection du marabout. Le marabout restera neutre, non impliqué dans les conflits internes au village.

A la mort du marabout, sa sépulture devient un lieu de pèlerinage, qu’on visite pour obtenir la bénédiction du saint. S’il a laissé une descendance, ceux-ci deviennent les marabouts du village, ils perpétueront l’œuvre de leur père : la prestation de nourriture et d’hospitalité, la protection des plus vulnérables du village, et l’arbitrage.

Pour se rendre plus mystiques, ils s’inventaire le mythe chérifien. Bien que la majorité des marabouts sont, à la base, kabyles, ils s’inventaires une noble généalogie qui les fait descendre du prophète de l’islam. La majorité des marabouts se disent venir de Seguia el-Hamra ou de Tafilalet, pour s’assimiler à la dynastie Idrisside.

On leur attribua des titres : là où le simple kabyle prend le titre de « dda », le marabout prend celui de « Si » ou de « zzi » ; quand le non marabout appel son frère par « dadda », le marabout utilise l’appellation « zizi » ; la femme prend le titre de « lalla » au lieu de « nna ». Ils disent « khali (oncle paternel) » pour s’adresser au non marabout.

Nombre de mausolée sont devenu des lieux de pèlerinage. La possession organisée en l’honneur du saint dans son mausolée est appelée « Tebyita »

Les maraboutes arbitraires a de nombreuses reprises les conflits entre turcs et kabyles, comme ce marabout qui décida les turcs à lever le siège, lors l’expédition de Décembre 1590 contre la Kalaa des Aït Abbes.

Certains marabouts ouvrirent des Zaouïas, où on enseigna la loi, les sciences coraniques, l’astrologie, la médecine …

Timɛemmert est l’appellation kabyle donnée au Zaouïas.

Jusqu’en 1774, chaque marabout se faisait le prophète de son village. Les villageois avaient foi en leur paroles et leur obéissaient. Bien que le plus souvent, ce que prêchent les marabouts étaient en totale contradiction avec la loi islamique.

Une nouvelle confrérie soufie, nommé Rahmania, voit le jour en 1774, sous l’égide de Sidi M’hemed Bu-Qabrayn, plus connu sous le nom de Sidi Abderrahmane.

L’avènement de la Rahmania met à fin au monopole des marabouts. Les cheikhs des villages sont à présent formés dans les zaouïas selon la rationalité de la tradition Rahmania.

Lors de l’expédition française contre Alger de 1830, les marabouts mobilisèrent 12 000 jeunes kabyles pour combattre les infidèles. C’est alors que fut créer le corps quelque peu fanatique des « imsebblen ».

Nombre de personnalités kabyles d’antan sont marabouts, a l’instar de Mohamed Ben Zamoum, Lalla Fadhma n Soumer, Si Amer U-Saïd Boulifa, Amirouche.

Aujourd’hui, un grand nombre de « Djouads », l’aristocratie militaire de l’époque, sont assimilés aux marabouts, alors qu’ils ne le sont pas. Nous citerons les Mokrani, chefs des Aït Abbes, les Belkadi et les Boukhetouche, chefs de Koukou.

Aujourd’hui en 2021, la classe des marabouts n’est plus. Il ne reste que le titre de marabout, qui n’est plus qu’un titre porté par des individus qui n’ont plus aucune particularité par rapport aux autres kabyles. Il reste quelques traditions préservées par les descendants de marabouts, tel que la Tebyita, la célébration de la paque islamique et du Mawlid ; nombreux sont aussi ceux qui conservent les drapeaux des familles maraboutiques. Espérons que ces traditions perdurent, non pas pour créer une discrimination entre kabyles, mais pour préserver le côté culturel.


Bibliographie:

  • Abu Zakariya Yaḥya Ibnu Musa Al-Maɣili. Al-Durar al-Makuna fi Nawazil Mazuna.
  • Alouani Salah. Les Awlad ‘Abid : Histoire d’une tribu maraboutique de l’intérieur de l’Ifrîqiya médiévale. In : Biografías magrebíes identidades y grupos religiosos, sociales y políticos en El Magreb medieval.
  • Chachoua Kamel. L’islam Kabyle. Religion, Etat et société en Algérie. Suivie de l’Epitre (Rissala) d’Ibnou Zakri (Alger, 1903), Mufri de la Grande mosquée d’Alger.
  • Houari Touati, Amara Allaoua, Martinez-Gros Gabriel, Valérian Dominique, Voguet Elise. Histoire générale de l’Algérie : l’Algérie médiévale.
  • Houari Touati. En Relisant les Nawazil Mazouna, marabouts et chorfa au Maghreb central au XVe siècle.
  • Houari Touati. Marabouts et chorfas au Maghreb central au XVe siècle. In : Studia Islamica.
  • Ibn Khaldoun. Discours sur l’Histoire universelle : Al-Muqaddima.
  • Islamisation de l’intérieur du Maghreb : Les fuqahâ’ et les communautés rurales. In : Revue des mondes Musulmans et de la Méditerranée.
  • Keddache Mahfoud. L’Algérie médiévale.
  • Voguet Elise. Le monde rural du Maghreb central (XVIe-XVe siècles) : Réalités sociales et constructions juridiques d’après les Nawazil Mazouna.
  • Léon l’Africain. Histoire et description de l’Afrique
  • Gaïd Mouloud. Les Berbères dans l’histoire : Les Morabitines d’hier et les Marabouts d’aujourd’hui.
  • Berbrugger Adrien. Epoques militaires de la Grande Kabylie.

1 réflexion sur “Les Marabouts de Kabylie (Imrabḍen ⵉⵎⵔⴰⴱⴹⴻⵏ)”

  1. Bonsoir , il y a des familles du sousse qui sont venues en kabylie avec ali oumoussa et ce sont plein de familles qui étaient venues et la majorité sont des talba pas des religieux.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *