Amrabed

Amrabed

Tacfarinas

Texte de Tacite sur Tacfarinas de Numidie

Aussi Tacfarinas avait-il répandu le bruit que la puissance romaine était réduite en miettes par d’autres nations et ; pour cette raison, forcée de quitter peu à peu l’Afrique : C’eux qu’elle y avait laissés pouvaient être enveloppés, si tous les hommes qui préféraient l’indépendance à l’esclavage, faisaient effort contre eux. Il augmente ses forces, établit son camp devant Thubusque et fait le blocus de la place. Mais Dolabella rassembla tout ce qu’il avait de troupes, puis, grâce à la terreur qu’inspira le nom romain et aussi à l’incapacité où sont les Numides d’affronter l’infanterie en ligne, il ne se fit pas plutôt mis en marche qu’il fit lever le blocus, et fortifia ses points d’appui. En même temps il arrêta la défection des chefs Musulames* en les faisant frapper de la hache. Puis, instruit par plusieurs campagnes contre Tacfarinas qu’il était impossible à une troupe pesamment armée et marchant en un seul corps de poursuivre utilement un ennemi vagabond, il appelle à lui le roi Ptolémée et ses sujets et forme quatre colonnes qu’il confie à des lieutenants et à des tribunes ; les bandes chargées de razzias furent commandées par des officiers de choix pris parmi les Maures ; quant à lui, il était là en personne, pour veiller à tout.

Bientôt on apporte la nouvelle que les Numides, arrivés auprès d’un fort à demi-ruiné, qu’ils avaient naguère incendié eux-mêmes et qui s’appelle Auzia**, y ont dressé leurs gourbis et s’y sont installés, confiants dans la position fermée de tous cotés par de vastes ravins boisés. Alors les cohortes et les ailes, sans bagages et ignorant où on les conduit, sont menées en avant à marche forcées. Le jour commençait à peine qu’un son des trompettes et en poussant un cri terrible les romains abordaient les Barbares à demi-endormis ; les cheveux des Numides étaient entravés ou dispersés dans tous les sens pour la pâture. Du coté des romains, l’infanterie en rangs serrés, les escadrons en batailles, tout était disposé pour le combat ; chez l’ennemi, au contraire, absolument surpris, points d’armes, point d’ordre, point de plan, comme s’ils eussent été des troupeaux, on les bousculait, on les tuait, on les prenait. Irrité par le souvenir des fatigues contre un ennemi qui s’était dérobé à la bataille tant de fois souhaitée, le soldat se gorgeait de vengeance et de sang. On fait circuler dans les manipules l’ordre de s’attacher à Tacfarinas, connu de tous après tant de combats ; seule la mort du chef mettrait un terme à la guerre. Mais lui, quand il voit ses gardes abattus autour de lui, son fils déjà enchaîné et les romains affluant de toutes parts, il s’élance au milieu des traits et par une mort qui ne fut pas sans vengeance échappe à la captivité. Tel fut le terme mis à la guerre.

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Tacite, Annales, Les Belles Lettres, Paris, 1966, XXIV et XXV, pp.190-191.

* Une tribu de la région de Guelma, Tébessa.

** L’actuelle Sour El Ghozlane, w. de Bouira.

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